Organisé les 14 et 15 octobre au Palais du Pharo à Marseille, Top Transport a été l’occasion pour les 180 exposants présents, de rencontrer plus des 360 chargeurs. C’est ainsi que de nombreux logisticiens ou transporteurs ont pu mettre en avant leurs solutions et proposer leurs services (Cf.la Newsletter d’hier). Très actives également lors de ces deux jours, les sociétés de conseil et les éditeurs informatiques ont profité de l’événement pour présenter quelques nouveautés. C’est le cas de la société Carbon Control qui a annoncé son lancement officiel : dirigée par Max-André Lepoutre et Fabien Dusserre, deux entrepreneurs issus de l’univers de la télématique transport, cette nouvelle entreprise arrive sur le marché de la décarbonation avec une promesse claire : « La fin des moyennes, place à la mesure exacte ! » Car l’originalité de Carbon Control est qu’elle s’appuie sur les données de l’informatique embarquée des véhicules (télématique, FMS/CANbus) et celles du TMS pour calculer les émissions de chaque transport à partir de kilomètres et de consommations de carburant réellement mesurés. Plus d’évaluations approximatives : la plateforme propose trois niveaux de calcul, du plus simple au plus précis : un niveau théorique à partir des données du TMS, un niveau conforme à la norme européenne ISO 14083. La solution s’adresse à deux publics complémentaires : d’abord les équipes RSE et direction transport et Supply Chain des donneurs d’ordre, qui doivent documenter et réduire l’empreinte carbone de leurs flux de transport ; mais aussi les directions commerciales et RSE des transporteurs, qui souhaitent valoriser leurs efforts de décarbonation auprès de leurs clients. Carbon Control se connecte déjà aux principaux fournisseurs de télématique du marché et prévoit d’élargir ses connexions directes aux informatiques embarquées des constructeurs. Pour les transporteurs, la solution est indolore : ce sont les chargeurs qui supporteront le cout de cette mesure basée sur des éléments factuels et vérifiables.

Également présente pour la première fois à Top Transport, la société Weenlo conjugue expérience métier et technologie pour décarboner et optimiser la Supply Chain. Son outil : un jumeau numérique qui permet de visualiser et de modéliser le réseau transport en quelques clics, puis de l’optimiser en ajustant tous les paramètres nécessaires. Résultat : une réduction des coûts et des émissions de GES. « Le transport est une activité qui peut rencontrer des aléas ou subir des changements. L’idée c’est de pouvoir anticiper ces événements et de se poser les bonnes questions », explique Jacques-Antoine Gros, associé. « On peut également avoir un plan de transport qui fonctionne sans pour cela être complètement optimisé. Grâce à notre calculateur qui se plug sur notre jumeau numérique, nous pouvons intégrer des contraintes en fonction des objectifs à atteindre », complète Xavier Perraudin, président de Weenlo. Les deux associés, qui ont exercé par le passé des fonctions opérationnelles dans les organisations logistiques des grandes marques de la distribution et de l’industrie, se positionnent sur le marché comme éditeur de solution dont la composante technologique n’est là que pour soutenir une expertise métier acquise au fil des ans. « Cette expertise est essentielle pour comprendre les problématiques de nos clients et ne pas appliquer une technologie standard sans un accompagnement adapté à chaque entreprise », explique Xavier Peraudin. Or les mutations que connait et va connaître le transport de marchandises sont nombreuses. A commencer par l’électrification des flottes qui va bousculer structurellement toute l’organisation du transport routier. « Il faut savoir se poser les bonnes questions », c’est également ce que préconise le cabinet Lapss, une société du groupe HRC qui accompagne les sociétés industrielles et de distribution dans leurs projets de transformation : « Il y a en ce moment une réelle tension qui fait que les chargeurs sont à la recherche de solutions alternatives », explique Sandrine Pretto, Senior Manager Conseil. « Certains envisagent de changer de prestataire(s) et cherchent sur le marché ce qui pourrait éventuellement les remplacer. Mais ils le font discrètement, sans lancer d’appel d’offres. Il faut être prudent. En cas de réponses infructueuses, i y a un rapport de force qui peut vite devenir compliqué », poursuit Sandrine Pretto. « Et puis l’optimisation du plan de transport, ce n’est pas toujours changer de partenaire. C’est aussi s’interroger sur la pertinence du besoin », explique Ludiwine Perrier de Lapss. « En effet les moyens ne sont pas toujours adaptés au service demandé par le client. Par exemple, est-ce que le 24h est vraiment indispensable ? Est-ce que le 48h ne suffirait pas ? Et puis pour obtenir de ses prestataires le meilleur service, on peut utiliser parfois d’autres méthodes ; en s’efforçant par exemple d’entretenir de très bonnes relations. Si vous n’êtes pas le plus gros client de votre transporteur, faites en sorte que vous soyez son client préféré ! ». Contrairement à certains salons où l’IA et la robotique sont omniprésentes, à Top Transport les problématiques abordées en « one to one » sont très centrées sur les aspects opérationnels, le contenu de la prestation et son coût. Même si, comme nous venons de le voir, la décarbonation reste un enjeu important, on observe que les acheteurs ont en ce moment des préoccupations d’un autre ordre. Ce qui fait dire à Sandrine Pretto : « Quand l’économie va bien, on s’occupe de la planète. Mais quand elle va mal… la RSE passe au second plan. A l’exception sans doute des boîtes qui ont des vraies convictions sur le sujet ! ».


Au cours de ces deux jours, Top Transport aura présenté une photographie très actuelle, en prise directe avec les préoccupations du secteur. D’un côté une offre confrontés à une réalité économique compliquée, là la baisse de la consommation et donc des volumes, à un prix du carburant qui s’envole. De l’autre, des chargeurs qui ont pour objectif prioritaire de sécuriser leur flux en s’appuyant sur des partenaires fiables, solides et pérennes. Même si la maîtrise des coûts de transport reste un sujet majeur pour les donneurs d’ordre, la qualité de la prestation et le niveau de service sont désormais prioritaires. Pour y parvenir ils s’appuient soit sur des groupes importants capables de leur offrir, via un interlocuteur unique, une prestation globale de bout en bout, soit ils constituent leurs plans de transport en réunissant les prestataires les mieux placés en fonction de leurs implantations ou de leurs spécificités. L’intérêt de Top Transport, c’est qu’au-delà des rendez-vous préprogrammés, toutes cette population se retrouve mélangée à l’occasion des cocktails et des déjeuners. L’occasion d’aborder autour d’un verre, des sujets parfois complexes, dans un climat d’échange qui reste convivial, malgré l’importance des enjeux. Enfin on ne peut pas parler de Top Transport et de cette 34ème édition sans souligner son cadre exceptionnel : le Palais du Pharo qui surplombe le vieux Port de Marselle. S’agissant de business dans un contexte pour le moins tendu, certains verront dans ce lieu magique un endroit, certes agréable, mais secondaire, presque anecdotique au regard des enjeux. Pour ma part je pense qu’il contribue très largement à l’ambiance et au succès de cet événement unique en son genre. A l’exception bien sûr de sa déclinaison bretonne qui aura lieu encore en 2027 dans un autre lieu exceptionnel : le port de Saint Malo et la vue sur les célèbres remparts de la cité malouine.


Jean-Philippe Guillaume
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