Depuis sa chambre d’hôtel de Pékin, où il était encore confiné en début de semaine, Bo Zhou, président de FuturMaster (1) nous explique comment la Chine sort progressivement de la crise. Il donne également quelques conseils aux entreprises françaises et européennes pour leur permettre de s’adapter aux fortes variations, notamment en simulant différents scénarios et en replanifiant en permanence.
Bo Zhou, vous êtes fortement présent en Chine avec des clients internationaux. Comment les industriels implantés dans ce pays ont-ils vécu cette crise sanitaire ?
Le choc a été très violent. C’est tout le pays qui s’est mis en pause depuis le nouvel an chinois. Conséquence de quoi, les ventes ont terriblement chuté. A titre d’exemple, un de nos clients spécialisé dans les boissons, a vu ses ventes diminuer de 80%. Même le commerce en ligne a été fortement impacté. Pareil côté production. Il faut savoir qu’en Chine, si un seul ouvrier est positif, c’est toute l’équipe qui est mise en quarantaine. Dans ce contexte, toutes les variables qu’utilisent quotidiennement les planificateurs deviennent incertaines. Une seule solution pour limiter les impacts : se concentrer sur les capacités disponibles et planifier en temps réel. Ainsi, au moment du confinement de la ville de Wuhan, une multinationale opérant dans les PGC a pu se préparer à d’autres fermetures, dans d’autres zones géographiques. Les planificateurs ont examiné les endroits susceptibles d’être touchées à leur tour afin de déterminer les capacités et les sites de production disponibles. Ils ont pu mettre à jour leur réseau de distribution en fonction de différents critères, pour savoir quelle ville serait approvisionnée et par quelle usine.
Comment se passe la sortie de crise en Chine ?
La Chine est un vaste pays et l’on sait que la reprise ne sera pas uniforme. Certaines régions repartiront plus vite que d’autres. Dès lors, les entreprises les plus matures vont pouvoir mettre à profit des technologies de planification utilisant de puissants moteurs de calcul. Cela permet de hiérarchiser les priorités et de définir les meilleures options pour servir les clients sans exploser les coûts. Car le but reste de trouver le bon compromis entre un niveau de service attendu et des coûts maitrisés. C’est ainsi que nos grands clients de l’alimentaire ont réagi. Ils ont simulé plusieurs scénarios possibles et ont pris leurs décisions en ayant toutes les informations en main.
Est-ce que cette expérience vécue en Chine vous permet de tirer des enseignements pour la France et l’Europe ?
Absolument. La France et l’Europe vont connaitre d’ici un mois la même situation que connait aujourd’hui la Chine. Or ce n’est pas l’expérience des planificateurs qui va permettre de gérer au mieux la demande parce que ce qui se passe sur le terrain est exceptionnel et absolument contre-intuitif. Le rôle de l’outil informatique est précisément de calculer l’optimum en s’adaptant en permanence aux variations fortes et inhabituelles. Quant aux planificateurs, ils devront se concentrer sur la gestion des données et vérifier si les hypothèses proposées par la machine son pertinentes. Ils devront également mettre à jour les plans et opérer des arbitrages entre plusieurs options tenant compte des capacités et des couts. Pour ma part, je pense que la crise sanitaire mondiale que nous traversons va mettre le projecteur sur la Supply Chain. De plus en plus d’entreprises ont pris conscience de son rôle stratégique. Pour autant son efficience dépend intimement de son niveau de maturité et de sa capacité à répondre aux situations exceptionnelles. A cet égard, les technologies de planification utilisant des outils d’optimisation sont plus que jamais indissociables d’une Supply Chain réactive et performante.
Propos recueillis par Jean-Philippe Guillaume
(1) FuturMaster est un outil de prévision et de planification utilisé par plus de 500 entreprises dans 90 pays. Parmi ses principales références : Sanofi, Lactalis, Heineken ou encore L’Oreal.